15/09/2017

LA FERMETURE DU CAFE "EL COQUI"

Acoz vient de perdre un « haut lieu »

Le café « El Coqui » vient de tirer sa révérence ce vendredi 30 juin 2017.

BATIMENT EL COQUI WEB.jpg

Il avait ouvert ses portes en 1962, suite au déménagement de Georges et Firmine Hanquart qui tenaient leur établissement à l’actuel n° 1 de la rue du Centre pour s’installer à la rue de Moncheret, dans l’imposant bâtiment en pierre appelé « la Maison autrichienne » datant de 1758.

Cette demeure avait déjà abrité un débit de boisson fin des années 40 et début 50. Il était tenu par un certain Edouard Borbouse, dit « Douart Babette » et avait été repris par une dame que l’on surnommait « Trotinette » dû à son autre et rapide « débit », celui de son langage. Ensuite, vers 1954-1955, Richard Pouleur y avait tenu un commerce de motos de marque « Puch ».

En 1963, leur fils Fernand et son épouse Andrée reprenaient le commerce sous l’enseigne « Au Voltigeur ». Dans l’arrière-pièce, Fernand y tenait son salon de coiffure et la « salle d’attente » était l’endroit tout choisi pour que certains y patientent et y discutent aisément car l’établissement était le local de la Marche Saint-Roch-et-Saint-Frégo, du parti socialiste, du comité de la fête de Saint-Eloi et de la société de jeu de balle pelote « Acoz-Coquis ». Une cagnotte y avait vu le jour et le premier dimanche de juillet, une semaine avant la fête communale, les membres étaient invités au remboursement de leur épargne. Le grand rendez-vous avait lieu le dimanche matin où la plupart des sidérurgistes y venaient « mettre dans la cagnotte ». Les conversations de l’époque tournaient toujours autour de ce dur métier. Il en a passé des tonnes de barres d’acier !

Certains préféraient le jeu de cartes : couillon et belote ; en veux-tu en voilà !

Dans les années 60-70, jeunes à l’époque, nous nous rencontrions pour y déguster nos premiers « Stella ». Le juke-box et le kicker nous ont « bouffé » un fameux paquet de pièces !

En 1991, « Le Voltigeur » céda sa place au café « El Coqui », repris par Didier Brison et son épouse Bernadette. Cette dernière excellait dans la préparation culinaire et ce fut une période faste où l’on pouvait y déguster ses succulents plats.

Une nouvelle gérance voyait le jour en 1999 avec l’arrivée d’Alain Charlier. Ce dernier n’a pas voulu modifier ni moderniser ; rien n’a changé et, outre la grande gentillesse du patron, c’est peut-être cela qui faisait le charme de ce lieu de rencontre convivial. On s’y sentait à l’aise.

Qui n’a pas eu l’occasion d’apprécier la fameuse « Stella » crémeuse servie dans son « petit lisse » ? Qui n’a pas eu le plaisir de rire à chaudes larmes suite aux « biestriyes » de certains habitués ? Qui n’est pas rentré chez lui avec des « nouvelles » à annoncer à la famille ? Qui n’a pas décompressé quelques moments après une dure journée ?... Les petites chansons, les « couillonnades », les arguèdènes,… C’était cela le café du village.

 

Quelques souvenirs

  • Le dernier samedi de juin : les cassages du verre pour la formation des corps d’office.
  • Le lieu de rassemblement à la Saint-Roch-et-Saint-Frégo, ainsi qu’à la Pentecôte.
  • Les petites réceptions après la messe de Saint-Eloi.
  • Les soupers des cagnotteurs et du « Beaujolais Nouveau ».
  • Les pronostics Littlewwoods et Prior ainsi que le tiercé PMU.
  • La vente de cigarettes.
  • Le dépôt des photos de Marche.
  • Les concours de cartes.
  • Les retransmissions des matches de football.
  • Les brûlages de culotte.

 

Quelques anecdotes

  • Du temps de Fernand et d’Andrée, le corps d’office y tenait ses réunions le vendredi soir. La plupart des membres repassaient dans le café et c’était des moments que l’on appréciait. Les heures tournaient… Andrée, discrètement, dans le comptoir, remontait son gros réveil à cloches pour nous signifier l’heure tardive. Et c’est à ce moment que l’un de nous « remettait les verres ».
  • Début des années 70, deux célibataires endurcis se sont lancé la gageure : celui qui abandonnait le célibat pour convoler en noces devait offrir au vainqueur solitaire des caisses de Champagne. En 1974, l’un d’eux « craque » et ce dernier a tenu sa promesse. Les caisses de Champagne ont été entreposées dans la cave du café. Aux grandes occasions, le gagnant s’adressait au patron avec fierté : « Fernand, Champagne ! » et cela en présence du perdant.
  • Avec Didier Brison, on se souviendra d’une partie de pêche illégale non loin du café. La police arriva sur les lieux pour coincer le coupable. Didier n’hésita pas à donner refuge au fautif. (Il y a prescription, on peut en parler !).
  • Alain Charlier, lui, a subi la blague du siècle : des habitués du « El Coqui » l’avaient repéré en sortie à Gerpinnes. Ils ont pris possession des clés du café et s’en sont donnés à cœur joie : à la grande fenêtre de l’établissement, ils ont exposé une poupée gonflable, assise dans un douillet fauteuil, à la lueur d’une lumière tamisée. Là aussi… police !
  • On se souvient de Rosa Mabille, dite « Rosa Nan.nan », ancienne acozienne, qui vivait dans un home du côté de Mettet. Elle aimait revenir dans notre village que ce soit aux festivités Saint-Roch et Saint-Frégo (elle portait pour la circonstance une robe rouge avec une fresque de marcheurs) ou aux fêtes communales. Rosa passait au café et on l’invitait à pousser la chansonnette en interprétant les succès de Salvatore Adamo.
  • Le 11 novembre, après la traditionnelle messe de commémoration et le dépôt de fleurs aux monuments, les anciens combattants et prisonniers de guerre se retrouvaient autour d’une table pour se raconter, se souvenir… et cela se terminait avec le jeu de cartes. Je me souviens, dans les années 70, je suis allé rechercher mon père et Jean Hospel. J’ai eu toutes les peines du monde pour les ramener à bon port.

Nous voici arrivés à la dernière page de ce précieux roman… Comme disait un client lorsqu’il a appris la fermeture : « Qu’allons-nous devenir ? ».

Alain GUILLAUME – Septembre 2017.

Maison autrichienne 1758 WEB.jpgRichard POULEUR.jpgFIRMINE GEORGES.jpgFernand et Andrée HANQUART web.jpgDidier Bernadette BRISON WEB.jpgDidier BRISON WEB.jpgAlain CHARLIER web.jpgSTELLA CREMEUSE.jpgSTELLA P'TIT LISSE web.jpgCOMPTOIR WEB.jpgJoueurs cartes WEB.jpgBELGEONNE WEB.jpgCHARLIER-DUFLOT web.jpgFamille CHARLIER WEB.jpgFERNAND COLLIN WEB.jpgSaint-Eloi web.jpgYvon SILLIEN WEB.jpgRosa NANNAN WEB.jpgEL BOURDON 1 WEB.jpgEL BOURDON 2 WEB.jpgEL BOURDON 3 WEB.jpgDerniere mache.jpgEL COQUI BRISON WEB.jpg

Commentaires

Magnifique. Alain. Bravo Didier. Une page d histoire
Amitiés

Écrit par : Amand. Michel | 15/09/2017

Bravo alain tres beau reportage

Écrit par : Chapelle rolende | 15/09/2017

Merci.

Écrit par : Alain GUILLAUME | 15/09/2017

Petit a petit notre beau village d'Acoz , va se mourir , il ne reste plus aucuns commerces que c'est triste !!!!

Écrit par : Beatrice | 15/09/2017

Tout fout le camp et la belle époque est malheureusement derrière nous.
Très beau récit en tout cas, mon bon Alain.

Écrit par : Dubucq Christian | 15/09/2017

Bravo Alain cela me rappelle les départs en fanfare de la musique d'Acoz, c'était toujours notre point de ralliement, Amitiés

Écrit par : Liévens Annie | 15/09/2017

Le "Coifffé-cafeur" Hanquart...toute ma jeunesse. Merci à tous les tenanciers de ce "haut-lieu" de la dégustation de la Stella. Il y a l'Atomnium, Manneken Pis, le Doudou à Mons, la Cathédrale de Tournai, etc...du petit lait à côté du café "El Coqui". Mes meilleurs potes, c'est là que je les ai rencontrés et j'en suis fier.

Écrit par : Jean Carlo | 16/09/2017

Merci pour vos compliments... la preuve que cela vous touche aussi.
Jean-Carlo, à te lire, les larmes brillaient dans les yeux !

Écrit par : Alain GUILLAUME | 16/09/2017

Super mon ami bonne chance pour ta vie futur bs

Écrit par : Bijoux | 16/09/2017

Mon papa y a passé pas mal de temps avec ses amis !! Il aimait beaucoup Andrée et Fernand , c'était le point de chute incontournable du village !!
Quel dommage que cela s'arrête, cela m'a vraiment touché, sans doute en souvenir de mon papa et de tout ceux que l'on a connu de la même époque !
S'il était encore là, il aurait 103 ans !! Amitiés, Françoise .

Écrit par : Philippe Françoise | 16/09/2017

Salut Françoise ! Bien content de te lire ! Oui, je me souviens que ton papa repassait déguster son Guiness. Un gentil monsieur. On était aussi toujours bien reçu chez lui lorsqu'on collectait pour la St-Roch et St-Frégo... il nous offrait l'incontournable "Nounou" Saison Régale. Bien cordialement.

Écrit par : Alain GUILLAUME | 16/09/2017

Très belle rétrospective de ces belles années passées la chose qui est une certitude c'est que tous ceux et celles qui sont passés par ce fief,peuvent se dire que nous avons vécu nos plus belles années de joie, triste que cela s'arrête.....

Écrit par : jacques rudy | 16/09/2017

Une page de l'histoire de mon village se ferme. Difficile de se souvenir de tout les moments passés avec mes parents à ce café.

Christian Collin.

Écrit par : Christian | 16/09/2017

Très bel hommage et très belle rétrospective. J'ai appris plein de choses sur Acoz et son café. Dommage, c'est toujours triste quand les choses qui rendent les gens heureux doivent finir.

Écrit par : Giroul MM | 17/09/2017

Un grand merci pour vos commentaires.

Écrit par : Alain GUILLAUME | 17/09/2017

Tu as retrouvé Martin (voir article précédent), tout l'monde s'en fout, par contre El Coqui ferme c'est un drame national...et je les comprends.
Longue vie à Acoz et ses habitants.

Écrit par : Jean Carlo | 18/09/2017

Que de souvenirs dans ce café. Quand j'étais môme, c'était le local du jeu de balle quand on jouait encore au dessus du bois, je marquais les chasses et c'est dans ce café qu'après la lutte je passais avec ma casquette, puis j'allais joué avec GG el Virgin d'à côsté. Les remises de costumes, les fins de soirées de Saint Roch.Les dimanches matins annimés par les joueurs de belotte parlant haut et fort se taquinant d'expressions Wallonne, des éclats de rires s'élevant au plafond. Les verdis après une dure semaine et quand je voyais peux mon père, j'étais content de le retrouver là. Tu as raison Christian, tout fout camp. Avec le temps va, tout s'en va...

Écrit par : Olivier Degraux | 20/09/2017

Que de souvenirs dans ce café. Quand j'étais môme, c'était le local du jeu de balle quand on jouait encore au dessus du bois, je marquais les chasses et c'est dans ce café qu'après la lutte je passais avec ma casquette, puis j'allais joué avec GG el Virgin d'à côsté. Les remises de costumes, les fins de soirées de Saint Roch.Les dimanches matins annimés par les joueurs de belotte parlant haut et fort se taquinant d'expressions Wallonne, des éclats de rires s'élevant au plafond. Les verdis après une dure semaine et quand je voyais peux mon père, j'étais content de le retrouver là. Tu as raison Christian, tout fout camp. Avec le temps va, tout s'en va...

Écrit par : Olivier Degraux | 20/09/2017

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